Nous reproduisons une carte blanche dont nous sommes signataires et qui exhorte la chaîne publique à revenir sur sa décision de participer à l’édition 2026 de l’Eurovision malgré la présence d’Israël, estimant que la participation à ce concours contribue à blanchir les crimes qu’il continue de commettre contre le peuple palestinien.
Le 4 décembre, l’Union européenne de radio-télévision (UER) a annoncé le maintien de la participation d’Israël à l’édition 2026 du concours Eurovision. En réaction, une série de diffuseurs nationaux (Espagne, Irlande, Pays-Bas et Slovénie…) boycotteront le concours, estimant inacceptable cette participation dans le contexte de guerre d’extermination menée contre le peuple palestinien, en particulier à Gaza. La RTBF, en revanche, a confirmé sa participation au télé-crochet.
Nous refusons que le service public participe au blanchiment des crimes d’Israël, qui voit dans ce genre de grands événements culturels l’occasion de redorer son image. La RTBF, en tant que diffuseur public belge, a la responsabilité éthique et morale de ne pas engager collectivement notre pays dans une telle forfaiture.
L’argumentaire bancal de l’UER
La direction de l’Eurovision affirme que la compétition « doit rester un espace neutre et ne peut pas être instrumentalisée ». Cet argumentaire ne tient pas la route. A peine un jour après l’invasion russe en Ukraine, l’UER décidait d’exclure la Russie pour des raisons clairement politiques, déclarant que « compte tenu de la crise sans précédent en Ukraine, la participation de la Russie au concours de cette année nuirait à la réputation de l’événement ». La Biélorussie avait été exclue l’année précédente après la réélection contestée du président Alexandre Loukachenko. Il est donc légitime de se demander pourquoi cela ne s’applique pas à Israël.
Le génocide à Gaza s’inscrit dans des décennies de répression coloniale et de violations massives des droits humains. Bien que les crimes de guerre israéliens soient largement documentés et dénoncés, il semble qu’après des années d’inaction politique, il soit à nouveau difficile de tracer une ligne rouge claire sur le plan moral.
Selon l’UER, un élément déterminant serait que la chaîne publique israélienne KAN – contrairement à la chaîne russe – opère de manière indépendante du gouvernement israélien. Cela aussi est absurde. Le conseil d’administration de l’audiovisuel public KAN est nommé par le ministre israélien de la Communication, actuellement un partisan inconditionnel de Netanyahou. La législation israélienne impose en outre que KAN reflète l’identité juive de l’Etat d’Israël, signe que ce dernier n’est pas l’Etat de tous ses citoyens, mais bien d’un Etat d’apartheid, comme l’attestent les nombreux rapports des organisations de défense des droits humains. Dans sa couverture de Gaza, l’audiovisuel public israélien relaie par ailleurs le récit dominant, en laissant très peu de place à la perspective palestinienne ou à des considérations de droit international et de droits humains.
Une décision indigne d’un service public
En participant à un événement ouvert à Israël, la RTBF contribue ainsi à récompenser le gouvernement de Benyamin Netanyahou. Comme le souligne un rapport d’Amnesty International paru le 27 novembre dernier, le génocide à Gaza, reconnu par l’ONU et les principales organisations de défense des droits humains, n’a pas pris fin avec le simulacre d’accord de cessez-le-feu signé le 9 octobre.
Ajoutons que les journalistes sont empêchés de couvrir la situation à Gaza, et que la région est la plus dangereuse au monde pour la profession. Les Nations unies viennent d’annoncer qu’au moins 220 travailleurs des médias ont été tués à Gaza. Selon l’organisation internationale des journalistes RSF, la liberté de la presse en Israël est dans un état alarmant (118ᵉ place au classement mondial).
Nos médias publics ne peuvent décemment exposer des millions de téléspectateurs à la propagande israélienne. Nous appelons le conseil d’administration de l’audiovisuel public francophone à suivre l’exemple de l’Espagne, de l’Irlande, des Pays-Bas et de la Slovénie, et à refuser de collaborer à la réhabilitation d’un État qui commet le crime des crimes. En tant que service public, la RTBF a la responsabilité morale de veiller à ce que sa participation à l’Eurovision s’accompagne du respect des droits humains et des valeurs démocratiques, comme le réclament déjà près de 2.500 signataires d’une pétition qui vient d’être lancée.
Premier·es signataires : Louma Albik, SB overseas ; Noura Amer, AWSA-BE ; Gwenaël Breës, cinéaste et journaliste ; Arnaud Debry, directeur d’Esperenzah ; Hamdan Al Damiri, Communauté palestinienne en Belgique et au Luxembourg ; Ludo De Brabander, Vrede vzv ; Alexis Deswaef, président de la Fédération internationale des droits humains ; Ariane Estenne, présidente du Mouvement ouvrier chrétien (MOC) ; Lieve Franssen, Comité belge pour le boycott académique et culturel d’Israël (BACBI) ; Pierre Galand, président de l’Association belgo-palestinienne (ABP) ; Mehdi Kassou, Directeur général de Belrefugees ; Felipe Van Keirbilck, secrétaire général de la CNE ; Thierry Michel, Cinéaste ; Louay Odeh, Beitna ; Asma Soulista, slameuse ; Michel Staszewski, Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB) ; Eric Toussaint, Président et porte-parole du CADTM ; Ansje Van Beselaere, Presidente d’INTAL ; Mélodie Vandelook, Formation Léon Lesoil ; Pierre Van Vangrienberghen, directeur de Présence et Action culturelles (PAC) ; Orry Vande Wauwer, Pax Christi ; Veronique Wemaere, directrice de Solsoc.
Illustration : Association belgo-palestinienne

